Alors que le socialiste français Pierre Moscovici sera bientôt nommé commissaire européen aux Affaires économiques et financières, un petit rappel s’impose.

Dans notre numéro spécial sur la finance (Zélium n°13, sept. 2013), une édifiante revue de presse d’Olivier Bonnet revenait sur les positions politiques de ce grand copain du Medef, alors ministre de l’Economie et des finances de François Hollande. Nous reproduisons cet article ci-dessous, bellement illustrée par Glez !

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Taxe sur les transactions financières, réforme bancaire, encadrement de la rémunération des patrons: sur tous ces sujets, Moscovici se couche docile aux pieds des lobbies, constate la presse.

 

 

« Être doublé à gauche par la Commission européenne, il faut le faire quand même. Surtout pour un gouvernement socialiste. Je ne comprends pas. » Marie-Noëlle Lienemann, la sénatrice emblématique de l’aile gauche du PS, interrogée par le site Internet de la chaîne Public-Sénat, ne décolère pas. Raison de cette ire ? La sortie de Pierre Moscovici du 11 juillet dernier, rapportée par Politis: « Il faut être pragmatique et réaliste », a lancé le ministre français devant un parterre de banquiers réunis par le lobbyiste Europlace, « la proposition de la Commission (…) m’apparaît excessive et risque d’aboutir au résultat inverse si nous ne remettons pas les choses dans les rails. La Taxe sur les transactions financières suscite des inquiétudes quant à l’avenir industriel de la place de Paris et quant au financement de l’économie française. « 

 

 

La Taxe sur les transactions financières constituait « l’engagement n°7 » du programme du candidat Hollande. Aux détours de ses célèbres tirades contre « (s)on véritable adversaire, la finance », le 22 janvier 2012 au Bourget, il s’était clairement prononcé en faveur d’une « véritable taxe ». Cette taxe, « nous ne pouvons plus en parler » uniquement, clamait-il encore en juin 2012, à peine élu. « Il faut la faire. » Ca, c’était avant. « Mais les négociations ont débuté en février sous la pression des banquiers », poursuit Politis. En avril, six associations professionnelles, dont le Medef, « mettaient en garde » publiquement le ministre de l’Economie contre un projet « qui affaiblira gravement la compétitivité des entreprises ». Avec Mosco, la reculade, c’est aussitôt !

 

Moscovici_NB

 

Ce renoncement ne constitue pas une première, ce que relève même la presse économique. Déjà, la fameuse grande réforme bancaire que promettait le candidat Hollande, votée le 17 juillet, a accouché d’une souris: « Finalement, les banques françaises ne seront pas coupées en deux », résume le site de la chaîne BFM Business, pas précisément connue comme média gauchiste. « Les activités spéculatives devront bien être isolées dans des filiales à part, qui devront être suffisamment capitalisées. Indépendamment des dépôts. Mais le gouvernement a retenu une définition très stricte de la spéculation. Ces filiales seront donc des coquilles vides. A la Société Générale, par exemple, à peine 1% des revenus seront cantonnés. » Tremblez banquiers !

 

Enième exemple d’un Moscovici au garde-à-vous devant les puissances de l’argent et les patrons, le dossier de l’encadrement de la rémunération de ces derniers: « Pour justifier l’abandon de tout projet d’encadrement des salaires des grands patrons, notre ministre de l’Economie a expliqué qu’il préférait ‘miser sur une autorégulation exigeante’ des pratiques du secteur », tempête Marianne, dans un article au titre vengeur d’ « Autorégulation du foutage de gueule ». « La décision du ministre de l’Economie de renoncer à légiférer pour limiter les salaires des dirigeants d’entreprise a été saluée par l’UMP, regrettée par une partie du PS et dénoncée par le PC », précisent Les Echos. Bel hommage !

 

 

Mais alors, M. Hollande, le changement, c’est maintenu ?

 

Olivier Bonnet – Zélium n°13 / sept. 2013
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